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Oral history interview with Bernar Venet, 1968 January 23

Venet, Bernar, 1941-

Art teacher

Overview

Collection Information

Size: Transcript, in French: 18 pages

Transcript, in English: 17 pages

Format: Originally recorded on 2 sound tape reels. Reformatted in 2010 as 2 digital wav files. Duration is 1 hr., 27 min. Sound quality is poor.

Summary: An interview of Bernar Venet conducted 1968 January 23 by Sevim Fesci, for the Archives of American Art.

Biographical/Historical Note

Bernar Venet (1941- ) is an art instructor from Los Angeles, California.

Provenance

This interview is part of the Archives' Oral History Program, started in 1958 to document the history of the visual arts in the United States, primarily through interviews with artists, historians, dealers, critics and others.

Language Note

Interview conducted in French.

Transcripts in both French and English.

Transcript

Preface

The following oral history transcript is the result of a tape-recorded interview with Bernar Venet on January 23, 1968. The interview was conducted by Sevim Fesci for the Archives of American Art, Smithsonian Institution.

This interview was transcribed and translated in 2010 by Archives of American Art volunteer, Gaston Lacombe. The French transcript is followed by the English translation. This interview was conducted in French.

The reader should bear in mind that they are reading a transcript of spoken, rather than written, prose. 

Interview

[January 23, 1968]

Entrevue avec Bernar Venet

[00:23]

Sevim Fesci [SF]: J'aimerais commencer cette entrevue Bernar en te posant une question d'ordre générale: Qu'est-ce l'Art, avec un grand « A » pour toi ? Sa définition, sa définition pour toi Bernar?

Bernar Venet [BV] : J'ai une définition bien précise.  Pour moi l'Art c'est un moyen pour élargir et faire évoluer la pensée humaine.  C'est tout.  C'est un [inaudible] C'est très très large, c'est très très vaste.

SEVIM FESCI: Donc, c'est avant tout intellectuel pour toi

BERNAR VENET: Je dirais, que je ne sais pas ce que je veux dire.  C'est surtout que, il faut - le système Beaux Arts est terminé.  C'est-à-dire qu'on a plus besoin d'avoir des qualités plastiques et esthétiques pour créer.  C'est simplement, oui, au niveau de la création pure.

SEVIM FESCI: Oui

BERNAR VENET: Au niveau de l'idée.

SEVIM FESCI: Donc au niveau de l'idée.

BERNAR VENET: Au niveau de l'idée, que les choses se font.  L'art est au niveau de la création

SEVIM FESCI: Donc ce qui veut dire que pour toi la sensibilité et l'intuition de l'artiste ne doivent plus enter en jeu dans le processus de création.   On ne voit plus la, la personnalité de l'artiste dans la création, dans une œuvre.

BERNAR VENET: De moins en moins en tout cas, on, je crois qu'on peigne de moins en moins avec des sentiments, mais la sensibilité existe toujours dans la mesure que chacun a sa propre sensibilité et c'est par là qu'il peut créer peut-être, mais - Ce qui est sensé se dégager de tout ce qui vient des émotions.  C'est ça qui est obligé de se dégager -

SEVIM FESCI: C'est plus conscient.

BERNAR VENET: Oui, je crois à l'évolution de l'art à partir d'un système logique, à partir de déductions logiques, comme les scientistes, par exemple, arrivent à faire évoluer l'histoire de la science, simplement par un système presque mathématique.  Donc je crois pas à l'évolution de l'Art par intuition par exemple.  Oui ce sont des choses structurées, mais -

SEVIM FESCI: Comment est-ce que cette idée t'est venue ? Comment t'est t'elle venue.  Par quoi as-tu commencé?

BERNAR VENET: Mon, mon évolution dans mes nouvelles choses ?

SEVIM FESCI: Oui.  Je veux dire, dans tes premières œuvres, est-ce qu'on sent cette idée déjà ?

BERNAR VENET: Bon écoutez -

SEVIM FESCI: Maintenant par exemple - Tu faisais au début par exemple, monochrome.

BERNAR VENET: Ah, à cet époque-là c'était, enfin, cet époque-là, écoute, je ne sais pas, c'était à l'époque des monochromes. A l'époque des monochromes c'étaient pas les problèmes plastiques qui m'intéressaient.  Les problèmes plastiques m'ont jamais intéressés.    

SEVIM FESCI: [inaudible]

BERNAR VENET: Jamais vraiment.  J'ai eu une période qui était quelque comme ça, où j'étais comme un petit peu perdu, où je me souviens quelque de l'esthétique, mais ça n'a pas aucune importance, on en parlait jamais, c'est complètement effacé.

Mais, non, les choses sont devenues très sérieuses à partir du moment, enfin, avec ma dernière période.  Mon idée tout simplement de commencer à parler d'autre chose.  Oublier ce qui avait été là, simplement dire, parlons d'autre chose. Je parle purement de mathématique, ou purement de physique, mais purement, purement, sans aucunes interprétations, sans aucunes conditions, avec, avec ce qui avait été là dans le passé.

SEVIM FESCI: Et ça, je crois, tu le tentes de plus en plus, gardé par des buts, j'vois des tableaux, y'a une certaine recherche au niveau esthétique.

BERNAR VENET: Y'a une chose -

SEVIM FESCI: [inaudible] les tableaux que tu vois -

BERNAR VENET: Une chose que je dois dire.  Les premiers tableaux, les premiers tableaux scientifiques que j'ai fait, je me dois de reconnaître que j'ai été influencé par les, la forme classique de chacun.  D'abord les premiers, simplement, j'ai découvert l'esthétique du graphique.

SEVIM FESCI: Donc, une sorte de technique.

BERNAR VENET: Au début, au premier temps, c'était ça.  Ensuite, ensuite - enfin, au premier temps, c'est que j'étais intéressé par l'esthétique.  Je voyais des formes qui m'intéressaient, je les voyais sur un tableau, je les faisais.  Mais ensuite je -

SEVIM FESCI: Mais pour toi – excuse moi je t'interromps – mais pour toi il y a aussi cette précision, où on court au point.

BERNAR VENET: Pas important.  Je n'ai pas de, de - Moi je n'ai pas de style.  Je n'ai pas de style.  J'ai pas - La technique m'intéresse pas.  La façon dont je fais mon tableau m'intéresse pas.  Ce qui est important c'est l'idée seulement.  Au début je faisais ça sur toile.  Je l'ai fait sur papier calque, je l'ai fais sur papier millimétré, j'ai proposé apposer des « slides », je peu faire des « plays », je peu faire sur -  Tout est, tout est possible.  Je peu faire de l'agrandissement [inaudible].  L'esthétique ne m'intéressant pas, je me fou de la réalisation, je m'en fou complètement.

SEVIM FESCI: Oui.  Et penses-tu qu'il fallait rejeter complètement le passé ?  Enfin, tout l'héritage du passé ?  En plus, que ça ne peut plus influencer-

BERNAR VENET: Mais, le passé, le passé a existé.  Et si aujourd'hui je fais quelque chose c'est parce qu'il a eu tout ce passé-là.  Autrement si j'étais né 500 avant, je suis sûr que je n'aurais pas fait ce que je fais maintenant. C'est une chose sûre et certaine.  Mais moi ce que je veux, c'est avec tout, tout ce que je sais sur le passé, j'essaye à oublier tout ça et à créer à partir de nouvelles bases. [5:00 minutes] Je voudrais changer complètement tous les critères.

SEVIM FESCI: Tous les critères que vous utilisez.

BERNAR VENET: Je voudrais dire des trucs que j'ai écrit il y a quelque temps, en 67, 2 mai 67.  Ce que je voulais.  Par exemple, je vais commencer par -

SEVIM FESCI: Lis le, lis le - virgule.

BERNAR VENET: Je disais: L'esthétique ne m'intéressant pas.  Le revêtement de tableau par des procédés techniques modernes ou l'emploi de matériaux nouveaux n'ont pas d'importance.

SEVIM FESCI: Oui oui.

BERNAR VENET: Oui.  Que je réalise mes tableaux sur toile, sur papier, ou que j'utilise l'emploi de diapositives projetées sur un mur, cela n'importe pas beaucoup.  Je suis absolument en désaccord avec les artistes qui traitent des sujets milles fois exploités mais avec des matériaux différents.  Il est souvent propos de différences entre natures mortes de Matisse et une de Wesselman.  Il faut changer de thématique et de sujet.

SEVIM FESCI: De ?

BERNAR VENET: De thématique, l'idée, et de sujet.  Par le fait même que je ne suis pas intéressé par l'esthétique de mes œuvres, il va de soit que mon évolution ne peut pas être plastique.  Elle sera peut-être dans le fait qu'un tableau de 1970, sera plus précis qu'un tableau de 1967, traitant du même sujet, parce que de nouvelles découvertes seront venues s'ajouter aux données de 1967.

SEVIM FESCI: Ah d'accord.

BERNAR VENET: Le même en va avec la science.  Les critères qui situaient l'évolution des artistes, et qui se basaient sur les transformations plastiques de l'œuvre, n'ont plus rien en commun avec ce qui dirige mon évolution.

SEVIM FESCI: Oui.

BERNAR VENET: Je voudrais rompre totalement avec tous les concepts établis : la personnalité, la petite couche de verni, à ce qui a déjà été fait et ce qui ne l'ait pas [phonétique].  Je pense que la découverte de l'art abstrait par Kandinsky obéissait à la définition de Maurice Denis selon laquelle un tableau avant d'être - Je ne sais pas exactement la définition- C'était, un tableau, avant d'être un paysage, une scène de bataille, une femme nue, est avant tout un ensemble de tropes dans un certain mode rassemblé.  Et même Kandinsky vérifiait cette définition.  Bon, une chose importante, j'ai déjà parlé mais je peu le redire encore une fois.  Je peu bien reconnaître qu'en choisissant de reproduire mes premiers graphiques mathématiques ou scientifiques, je m'ai laissé influencer par l'esthétique de chacun.

SEVIM FESCI: Oui.

BERNAR VENET: C'est pour évi- C'est pour éviter de cela qu'aujourd'hui, c'est avant tout un sujet scientifique que je choisi, et mes tableaux ne viennent qu'illustrer le débardement de ce sujet, enregistré sur bande magnétique - [inaudible] manège - Un collectionneur ne pourra plus choisir un tableau parce que celui-ci lui plaît particulièrement, mais il devra choisir un sujet que je vais traiter, sur la magnétique, et emportera avec lui les deux, trois ou quatre tableaux qui viennent illustrer ce sujet. 

SEVIM FESCI: C'est à dire que le collectionneur choisira donc le texte au fond.

BERNAR VENET: Le sujet, c'est-à-dire l'importance du sujet.  Comme dernièrement je viens de faire cette étude sur les particules qui peuvent aller plus vite que la vitesse de la lumière, et moi je considère que ce tableau est beaucoup plus important que même les plus grands que j'ai fait, qui sont -

SEVIM FESCI: Donc le sujet a beaucoup d'importance pour toi.

BERNAR VENET: Le sujet, le sujet même, oui, a beaucoup d'importance.  C'est pour ça que je finis par faire des tableaux, au sujet scientifique là, ou il n'y a qu'un seul petit dessin.

SEVIM FESCI: Je ne vois qu'un graphique et, avec le texte.

BERNAR VENET: Oui il n'y a qu'un petit graphique et le texte a une beaucoup plus grande d'importance.

SEVIM FESCI: Oui. Ah je vois, d'accord.

BERNAR VENET: Alors la première des choses, qui justement, étaient très-finalement quand un tableau, quand un collectionneur, quand quelqu'un voyait un tableau de moi que j'ai fait en 66-67, il avait un [inaudible] de tableaux, de formes plastiques, même si il ne le comprenait pas, même, il avait quand même une forme esthétique, une forme plastique, un forme intéressante, mais maintenant il n'y a presque, il n'y a que des choses-

SEVIM FESCI: Il avait une forme donnée, tandis que maintenant?

BERNAR VENET: Et aussi une chose importante; chaque tableau avait, avait une esthétique différente, on pouvait reconnaître un qui avait de points, un autre qui avait des lignes, une autre, un autre qui avait des angles, avec des études de montagnes de chiffres, un autre moins, un plus chargé, d'autres moins.  Maintenant tous les tableaux sont les mêmes.  J'écris sur ce papier comme ça, j'écris beaucoup, je fais -

SEVIM FESCI: Comment l'art peut vivre alors ?

BERNAR VENET: L'art du sujet, je disais -

SEVIM FESCI: Ah! Tu veux qu'ils lisent donc.

BERNAR VENET: Mais je veux qu'ils lisent, enfin, je voudrais qu'il, voilà - je disais une chose dernièrement, il n'y a pas longtemps à Ivan Karp, je lui disais que, j'aimerais presque, j'aimerais, que lorsqu'un collectionneur vient dans une galerie pour acheter des tableaux, j'aimerais qu'il vienne avec un scientiste, qui le conseillera, et qui lui dira:

SEVIM FESCI: Ah d'accord.

BERNAR VENET: « Voilà, ce tableau est important pour telle et telle raison, vous devez choisir celui-là. »

SEVIM FESCI: Il est important dans l'évolution de la science.

BERNAR VENET: Oui dans l'évolution de la science, oui oui, c'est ça absolument.  Plutôt que: « Oh, ça c'est beau, j'aime bien celui-là, parce que c'est graphique, il y a trois pins rouges qui sont là, ça fait plus joli. »  Mais ça, c'est pas important du tout.

SEVIM FESCI: Donc, l'esthétique tu l'as complètement - 

BERNAR VENET: Je voudrais, je voudrais la refuser.  Dernièrement, mes derniers tableaux, si moi j'arrive à un résultat en tout cas – Quoi que mes, mes tableaux sont presque tous les mêmes maintenant, simplement, il y a beaucoup d'écriture, le trope qui ne prend presque plus d'importance.

SEVIM FESCI: Non [inaudible] -

BERNAR VENET: Donc esthétiquement ils sont tous les mêmes.  Simplement les sujets [10:00] sont différents

SEVIM FESCI: Ah oui d'accord.  Donc, ce que tu demandes à celui qui va te venir pour la première fois ?

BERNAR VENET: Ce que je demande à ceux qui vont venir pour la première fois, c'est de ne pas partir en riant trop, parce que, c'est très dur la première fois. [Ils rient]

J'ai eu des réactions absolu- , j'ai eu des réactions trop, très différentes comme ça, mais c'est très dur pour les personnes qui viennent la première fois dans mon studio d'apprécier, d'aimer vraiment.  Mes premiers contacts, Ivan Karp par exemple, le premier contact qu'il a eu c'était un contact purement plastique, il m'a dit que c'était très [inaudible], c'est un peu comme ça.  Maintenant les gens comme -

SEVIM FESCI: Lucy Lippard aussi je crois, non ?

BERNAR VENET: Lucy Lippard ? Oui, elle est bien, en somme, elle est des gens qui comprends plus la recherche NTQ [phonétique] la preuve c'est qu'elle a écrit « Dématérialisation de l'Art », autrement elle n'aurait pas d'évidence qu'elle aurait fait de recherche plastique.  Mais il y a des gens comme Adolf Wiffel [phonétique] qui s'intéressent plutôt à la recherche intellectuelle de la chose.

SEVIM FESCI: À la recherche intellectuelle-

BERNAR VENET: À la recherche intellectuelle.  Au fait que l'art plastique, l'esprit Beaux-arts est terminé.  La science prend beaucoup d'importance et ce sont des choses à exploiter.

SEVIM FESCI: Donc pour toi c'est cette manière donc d'entrer en contact avec ton œuvre.

BERNAR VENET: Enfin, entrer en contact avec mon œuvre, on voit le tableau, on sait pas trop au début, on s'y habitue, on le regarde, le regarde d'avantage, on voit le maître, on comprend la recherche, on l'entend parler, on voit ce que j'ai fait avant, et commence aussi à apprécier.

SEVIM FESCI: Bien d'accord.  Et que représente pour toi justement, ou plutôt, est-ce que ça rejoint les anti-arts touchés par Duchamp?  Est-ce que toi te n'irais pas dans l'anti-art effectivement?

BERNAR VENET: D'abord Duchamp ne faisait pas de l'anti-art.  Il faisait de l'Art – Art, c'est-à-dire quelque chose de parallèle à l'art.  Et moi quand j'ai commencé à faire des tableaux en 1966, j'ai eu des directions très très, c'était naturel chez les gens en ce moment là, qui me disait : « Ce que tu fais ce n'est pas- tu fais des graphismes, des mathématiques, c'est pur, et- Mais ce n'a pas, ce n'est pas de l'art, et tu devrais mettre des couleurs, tu devrais mettre quelque choses, tu devrais- »  Je ne voulais pas ça.

SEVIM FESCI:  Qui est-ce qui t'a dit ça ?

BERNAR VENET: Des gens à Nice, qui ont vu mes tableaux les premiers, mes tableaux à Nice.  Mais moi je n'ai pas fais ça, je dis, je pense, je ne savais si ce que je faisais c'était de l'art, il n'y avait pas de raison. Ce n'était pas de l'art au début, c'était des mathématiques tout simplement.  Simplement, ça devient de l'art avec le temps, c'est tout, mais au début, c'est bien de faire quelque choses parallèle à l'art, une recherche différente, c'est peut-être quelque chose de nouveau.  Mais sa forme est loin de la théorie de Marcel Duchamp Art-Art, okay, parallèle à l'art, okay

SEVIM FESCI: Parallèle à l'art.

BERNAR VENET: Qui devient de l'art après, comme Marcel Duchamp appelait l'art c'est tout.

SEVIM FESCI: Bon d'accord.  Et comment est-ce que tu procèdes à la création d'une nouvelle œuvre ?

BERNAR VENET: Eh bien très simplement, je vais à, j'ai deux scientistes.  Actuellement, j'ai Ullman de la Columbia University, et Krieger.

SEVIM FESCI: Et Krieger?

BERNAR VENET: Un scientiste du Laboratoire [inaudible] de l'University de Berkley.  C'est un jeune scientiste mais lui, il est très intéressant aussi.  Qui me disent, dans les sujets, dans les sujets suivants, c'est-à-dire « space science », « solar physics », physique nucléaire, et mathématique par computer, ou métamathématique, ils me conseillent les sujets les plus importants.  Et à partir de, de leur conseils, je réalise mes pièces, mais je réalise mes tableaux, je ne réalise pas mes tableaux parce que qu'ils me plaisent esthétiquement, je les réalise pour l'importance du sujet, et comme je ne suis pas en mesure moi de savoir l'importance du sujet, je prends des scientistes qui peuvent me conseiller.  Ils pensent pour moi au début.

SEVIM FESCI: Donc tu ne fais pas de pièces sans l'aide des scientistes ?

BERNAR VENET: Sans l'aide des scientistes, je peux pas.  Je cours trop avec une revue dans les mains, ne pas pouvoir réaliser quoi que ce soit parce que je ne sais pas quelle est l'étude la plus importante sur cette chose-là.  Et depuis que j'ai rencontré Gerard Feinberg, ce savant qui a découvert les particules qui vont plus vite que la lumière, là je peux faire une étude très intéressante.  Je pense que je peux faire des choses avec ça.

SEVIM FESCI: Et que penses-tu de leurs œuvres?  Je veux dire, que pensent-ils de ton œuvre?

BERNAR VENET: Ils sont un petit peu- Ils comprennent pas.  Ce sont des scientistes et ils sont pas- et eux ce qui les intéressent dans l'art c'est Van Gogh et Picasso peut-être.  Ils sont un petit peu avancés, mais-

SEVIM FESCI: Donc pour toi, ce que toi, c'est pas l'art essentiellement.

BERNAR VENET: Non non non non, moi je leur demande quelque chose, c'est, c'est, ils sont comme des- ce sont des conseillers, c'est tout.  Ils n'ont pas à comprendre même ce que je fait, c'est pas très important.  Enfin, ils comprennent, ils ne comprennent pas, ils se posent des problèmes, ça leur posent des problèmes, et tout ça mais enfin- Des fois ils sont convaincus que j'ai raison, des fois ils sont convaincus que j'ai tord. Mais ça ce n'est pas important.  Ils n'ont pas- Ils n'ont aucune influence dans le domaine de l'art.  Simplement des conseils, je leur demande.

SEVIM FESCI: Comment es-tu entré en contact avec eux ?

BERNAR VENET: J'ai rencontré -

SEVIM FESCI: Par relation, ou bien tu es allé à Columbia ?

BERNAR VENET: Non non, tout à fait par hasard j'ai rencontré Ullman dans un diner en 67, janvier 67 quand je suis arrivé à New York

SEVIM FESCI: Chez ?

BERNAR VENET: Chez une amie, chez une amie, non, chez une amie comme ça, qui nous avait invités à diner.  Et alors il était exactement ce dont j'avais besoin, parce que il pouvait me faire [15:00] aller à la Columbia University, me mettre à la librairie à ma disposition, me parler de nouvelles idées, et me donner des conseils.  Et ensuite Krieger, tout ça c'était après, c'est tous à la Columbia University que j'ai rencontré des gens après.  Et Gerard Feinberg est à la Columbia University, oui je l'ai rencontré, j'ai entendu parler de lui par hasard, au déjeuner des scientistes.

SEVIM FESCI: Donc tu vas à la bibliothèque de Columbia University, tu prends des livres-

BERNAR VENET: Exact-

SEVIM FESCI: Tu reviens ici, et tu-

BERNAR VENET: Exactement, exactement.

SEVIM FESCI: Tu choisis des graphiques de textes qui t'intéressent le plus.

BERNAR VENET: Non, non, non, non - c'est Krieger qui m'a dit: « Bernar, il y a par exemple, Cantor, qui est le plus grand mathématicien, ou Brussel [phonétique], qui a fait des études précises sur tel et tel sujet».  Et il me dit: « Tu devrais faire cette étude-là. » 

SEVIM FESCI: Ah d'accord

BERNAR VENET: Je vais à l'université dans la bibliothèque, je prends les livres importants, je copie le texte et je fais mon tableau.  Et je fais, bon, mon études, oui.

SEVIM FESCI: Donc tu n'as pas une idée précise avant de commencer un nouvelle œuvre.

BERNAR VENET: De ce que ça va être esthétiquement ? Mais certainement, plastiquement, c'est pas important.

SEVIM FESCI: Non non, une idée pour une œuvre.

BERNAR VENET: Non, simplement je sais que je vais faire une étude importante sur une copie littéraire portant sur les mathématiques, ou sur les études nucléaires, bon bien, c'est ça, c'est tout.  Mais pour moi, je ne fais pas mes tableaux par plaisir.  Je ne suis plus un peintre qui passe des heures à analyser une œuvre.  Simplement c'est une étude importante, je la fait, comme ça.  C'est une discipline, je travaille les jours les soirs pour faire mon tableau.  C'est très grand.  Je travaille pendant 10-12 heures sans arrêts pour écrire.  Et c'est tout, il n'y a plus aucun plaisir.  Simplement, je sais que j'ai fait quelque chose d'important

SEVIM FESCI: Tu aimes le faire quand même.

BERNAR VENET: Je suis content quand j'ai fini une œuvre, je sais que j'ai quelque chose devant moi qui m'intéresse.  C'est tout.  Mais je n'aime pas du tout le réaliser, je suis malade, ça me fait mal aux yeux, mal à la tête.

SEVIM FESCI: Et si on reprend au début, est-ce que tu peux dire quelles ont été tes diverses influences?  À part les scientistes, les scientistes dont tu viens de me parler?

BERNAR VENET: Pour attaquer ces choses-là, les choses mathématiques et scientifiques que j'ai faites, je ne me souviens d'aucunes influences, bien honnêtement   Les choses sont venues, dans- là, ça a été l'évolution plastique au début, c'était l'évolution plastique.  J'étais intéressé par la peinture industrielle, en faisant mes tableaux, ils étaient modernistes au début, je faisais des tableaux, peintures industrielles [inaudible] je faisais ça avec haubert, avec un masque.  Je faisais mes peintures industrielles comme on peint des voitures, industriellement.  De là, je suis passé, après des projets industriels qui étaient des tubes d'unités, qui peuvent être débités [phonétique] en usine. Et comme je ne pouvais pas les réaliser en France,  j'ai fait le dessin industriel de ces tubes-là, tout à fait comme des véritables dessins industriels.  Et en découvrant l'esthétique du dessin industriel, j'ai découvert l'esthétique du graphique et les mathématiques, et ça c'était très très court, j'ai simplement, c'était un passage très rapide.  J'ai découvert dans mes bouquins mathématiques de nouvelles formes, et d'un seul coup je me suis dit : « Oui, mais la science il faut l'explorer », et j'ai exploité la science comme ça.  La meilleure preuve que ce n'était pas un problème graphique, c'est que j'ai fait des textes avec vocabulaire scientifique où il n'y a pas de graphiques, qui sont aussi importants que mes tableaux. 

SEVIM FESCI: Donc si on prend au début.  Au commen-, au début, tu as commencé par faire des mono- comment tu appelles?

BERNAR VENET: Oui, mais ça c'était, c'était-

SEVIM FESCI: Non mais, juste pour comprendre un peu l'évolution de ton œuvre.

BERNAR VENET: Mais oui, mais justement, les monochromes noirs.

SEVIM FESCI: Non, juste ton évolution par divers œuvres que tu as réalisés, par divers tableaux que tu as réalisés.  Donc tu as commencé par faire?

BERNAR VENET: Oui bon, les monochromes noirs.

SEVIM FESCI: Juste pour qu'on puisse mieux comprendre ton œuvre.

BERNAR VENET: Oui bon, les monochromes noirs, les collages noirs.  Quand j'ai découvert Ad Reinhardt, le noir m'a ennuyé.  J'ai fait des collages rouges, ou verts, ou jaunes, que je peignais industriellement.  Je peignais au revolver.  Je peignais au relief, carton au revolver toujours. Je suis passé aux tubes, premiers industriels.  J'ai fait le dessin industriel, je fais mes premiers dessins industriels, les premiers dessins mathématiques, premiers dessins scientifiques, sur toile et ensuite sur papier- bon ça s'est passé comme ça.

SEVIM FESCI: Quels sont tes autres projets que tu veux faire maintenant?  Tu as parlé - au point de vue, au point de vue scientifique, je veux dire.

BERNAR VENET: J'ai une chose importante. J'ai une chose importante qu'il faut que je dise, super importante.  Une chose importante qu'il faut que je dise.  C'est que je suis arrivé à un résultat, en tout cas.  Premièrement, je ne choisis pas mon sujet, c'est okay. 

SEVIM FESCI: D'accord

BERNAR VENET: Une chose si importante, je ne choisis pas généralement - Quand un peintre, quand un artiste fait un tableau, il choisit un sujet, il choisit la dimension de son tableau, la composition, tout ça c'est un travail. Et il choisit, il décide aussi qu'il va faire un tableau.  Donc prenant tout ça, voici où j'en suis moi.  Je ne choisis plus mon tableau, parce que ce sont les scientistes qui me disent: « Tel sujet ».  Je ne choisis pas les dimensions du tableau non plus, puisque que je commence à écrire mon sujet sur un rouleau [20:00] de papier millimétré.  Quand c'est arrivé, je coupe.  Donc je ne choisis pas les dimensions de mon tableau, okay.  Je choisis pas la composition de mon tableau, puisque j'écris, je commence par écrire le titre, je marque « study by », et je marque le nom de l'art-, du savant qui a fait l'étude, je commence à écrire mon étude, je fais le graphique quand le graphique vient au milieu de l'étude, je continue, je marque les références, je signe et je coupe mon rouleau, okay, donc pas de propositions.  Mais j'en sais toujours un résultat, celui de décider, que je vais faire un tableau.  Je décide toujours que je fais le tableau. 

J'ai déjà l'idée de faire la chose suivante.  Je voudrais, je voudrais, programmer un computer, qui déciderait lui de l'importance des sujets qui sont découverts chaque année en physique, dans toutes les sciences les plus importantes.  Et ce computer réaliserait aussi lui-même les sujets importants, réaliserait l'étude sur papier de ces sujets-là.  Donc je ferais, le computer ferait peut-être une étude seule par an.  Est-ce qu'il en ferait une à tous les dix ?  Est-ce qu'il en ferait vingt dans le mois ? Simplement en fonction de l'importance des sujets découverts dans le monde.  Alors là, j'aurais, donc, je pense déjà à la solution de ne pas réaliser, de ne pas décider de l'art que je fais.  Ça c'est la solution, mais je n'ai pas encore de computer qui peut le faire, alors je suis toujours en train de réaliser des choses.

SEVIM FESCI: Mais c'est libérant pour vous.

BERNAR VENET: Je veux me libérer complètement, je pourrais demain arrêter complètement de faire mes tableaux, de faire quoi que ce soit, et ça, ça me rend- On prend un computer qui est programmé, et qui réalisera mes œuvres.  Il en réalisera peut-être qu'une dans les vingt ans qui vont suivre, je ne sais pas, mais enfin, ça sera simplement fait par un computer.  Et après ma mort, il va continuer à faire les œuvres de moi, enfin, des œuvres qui partiront de mon idée, simplement, qui seront réalisées par computer, si c'est important, moi je pourrais réaliser encore des œuvres.

SEVIM FESCI: Ah je comprends, oui.

BERNAR VENET: [inaudible] Donc, je crois, j'arrive au point absolu de libération totale, avec cette chose là.

SEVIM FESCI: Et que devient l'artiste dans tout ça ?

BERNAR VENET: Eh - la création, j'ai créé l'idée. 

SEVIM FESCI: Quel?

BERNAR VENET: J'ai eu l'idée, j'ai créé l'idée.  Je compte sur la possibilité.  Demain beaucoup d'artistes -

SEVIM FESCI: Ça semblerait sur le plan idée.

BERNAR VENET: Eh oui, bien sûr.  Mais, demain, je sais que, je pense que les artistes vont faire des concessions d'avantage avec l'art, est-ce que, et -

SEVIM FESCI: Des concessions?

BERNAR VENET: Des concessions, c'est-à-dire, j'imagine très bien un jeune artiste demain, faisant un « happening », par exemple, avec des projections - imagine une pierre comme ça, « happening ».  On projette des, une photo de Einstein sur le mur, en même temps, on fait des bruits, on a des enregistrements sur bande magnétique de vocabulaire scientifique, comme ça, en même temps, on projette sur l'autre mur des diapositives.  Mais tout ça, ça fait, c'est assez spectaculaire, donc ça fera des concessions.

SEVIM FESCI: Donc un environnement scientifique.

BERNAR VENET: Oui, un environnement scientifique, mais tout ça, je suis sûr qu'on le fera, c'est à faire en tout cas, mais ça fera d'avantages de concessions, ce sera beaucoup plus esthétique, beaucoup plus artistique.  Parce que dans tout ça on mélangera, on, le spectateur sera perdu, il devra, il verra pas tout ça à la fois,ça lui créera un choc, ce lui fera, et, ça c'est des possibilités d'études ça.

SEVIM FESCI: [inaudible]

BERNAR VENET: Mais moi je suis pas intéressé.

SEVIM FESCI: [inaudible] à réaliser-

BERNAR VENET: Non non non, je suis pas intéressé par ça.

SEVIM FESCI: Qu'une idée-

BERNAR VENET: Qu'une idée, au niveau de la création, je veux,  tout ce que je fais est purement théorique, théorique, théorique, absolument, je voudrais seulement des idées théorique.

SEVIM FESCI: As-tu déjà parlé de cette idée, dont tu viens de me parler, par exemple, parce que-

BERNAR VENET: Non, je l'ai déjà écrit, je l'ai déjà, c'est tout, ces trucs-là, mais c'est pas, j'en ai parlé.

SEVIM FESCI: Ah oui, d'accord.

BERNAR VENET: Mais je pense à d'autres choses, je pense, mon idée, c'est parce que c'est au niveau de la théorie, je peux me libérer aussi de la science.  Pourquoi uniquement la science, pourquoi uniquement la physique nucléaire, pourquoi les mathématique ?  Je pense déjà travailler avec la médecine par exemple.

SEVIM FESCI: La médecine.

BERNAR VENET: Ou avec la stratégie militaire.  Pourquoi pas faire de la stratégie militaire?  Pourquoi par parler de choses, de choses qui [inaudible] stratégie militaire, demain, voilà.  Comment attaquer une ville avec toutes les, il y a-

SEVIM FESCI: Ah, c'est vraiment un champ illimité, alors. 

BERNAR VENET: Illimité, absolument illimité.  Oui, plus j'y pense, plus il y a de possibilités.  Quand j'ai fait mon premier « essay » mathématique les gens m'ont dit : « Mais, oh, qu'est ce que tu vas faire après ça ? », mais j'y travaille pour quelques années encore.  Même après ma mort.

SEVIM FESCI: [rire]

BERNAR VENET: Non. C'est vraiment un autre domaine, mais il faut que je voie purement au niveau de la théorie.  C'est pour ça que je suis d'accord avec des idées sciences et technologie, okay.  Je suis d'accord avec ces autres trucs du futur, j'y crois absolument, mais ça n'a rien à voir avec mes idées, absolument rien.  La technologie ne m'intéresse pas.  Faire des épisodes qui font du bruit, du son et des lumières et tout ça, ça ne m'intéresse pas.  Ça ne m'intéresse pas.  C'est vraiment, faire des objets, c'est faire de l'art, c'est faire des petites choses comme ça, c'est gentil, qui sont faites pour plaire, pour avoir, être spectaculaire quand même.  Ça ne m'intéresse pas.  C'est pour ça que maintenant, même avec les sujets mathématiques, c'est pour ça en ce moment, si c'est les mathématiques qui m'intéressent le plus, c'est tout simplement parce que les mathématiques sont d'avantage théoriques.  Quand je fais de la physique solaire, j'apprends le soleil, ce qu'est, ce que c'est, on a une idée un petit peu, et à mon avis, c'est moins avancé que les mathématiques par computer, métamathématique.  

SEVIM FESCI: Alors, que, que, comment pourrais-tu définir l'artiste maintenant ?

BERNAR VENET: L'artiste, il avait eu, c'est sûr que-

SEVIM FESCI: Mais à ton niveau, je pense de toi.  Là je parle de toi.

BERNAR VENET: [25:00] Je ne sais pas.

SEVIM FESCI: Celui qui donne des idées.

BERNAR VENET: Quelqu'un oui, qui ouvre, qui ouvre, qui donne, qui ouvre-

SEVIM FESCI: Qui ouvre de nouvelles possibilités

BERNAR VENET: Voilà, et en tout cas qui délimite l'art, qui, qui, amène des limites à l'art, comme ça au champ de vision, au champ intellectuel, n'importe quoi.  C'est plus, car, moi quand je parle d'art, je parle pas de peinture, ou de sculpture ou de cinéma, ou tout ça, je parle, une vision, un vision générale.  Je crois par exemple à une synthèse de toutes les sciences de l'art plus tard, qui sera une science évolutionniste.  Simplement, on ne fera plus de la peinture, ou de la science ou quoi, seulement on fera évoluer les choses.  Voilà, on fera évoluer, on fera évoluer tout, et on ira pas...  Moi, je ne sais pas si je suis plus un artiste  qu'un scientiste.  Je suis plus un artiste en ce moment, mais je sais pas comment ça va finir.

SEVIM FESCI: Tu sais pas ou ça va finir.

BERNAR VENET: Mais simplement je suis pour l'évolutionnisme, alors ça c'est certain, comme un savant, et comme un scientiste, et comme un artiste, et comme tous les gens qui œuvrent [inaudible]-

SEVIM FESCI: Mais est-ce que tu es intéressé à lire des bouquins, des livres scientifiques.

BERNAR VENET: Non, je les, je ne comprends pas.  Oui, j'ai lu un truc sur la physique nucléaire, qui m'intéresse, mais ça m'importe pas beaucoup.  Ça me, non.  Je préfère lire, j'ai un livre sur Einstein, sur les idées savantes.  Ça, ça m'ouvre d'avantage de possibilités, surtout sur l'idée des, du raisonnement théorique pour faire évoluer, du raisonnement logique pour faire évoluer les choses.  Ce que j'exploite en art.

SEVIM FESCI: Oui, c'est la logique

BERNAR VENET: La logique

SEVIM FESCI: Absolument, oui oui, je comprends, oui c'est-

[pause audio]

SEVIM FESCI: Donc quels sont les artistes de marques avec lesquelles tu penses avoir quelques relations ?  Quelques correspondances?  Avec lesquels tu t'entends au point de vue -

BERNAR VENET: Je ne suis pas tout à fait d'accord.  Il y a deux artistes ici à New York avec qui j'ai quelques choses d'autres à voir.  Mais c'est vraiment parce qu'il faut en trouver, hein, c'est vraiment parce qu'il faut trouver les autres qui ont quelques choses à voir avec moi.   Quand on me demande toujours, je dis justement, c'est toujours Joseph Kosuth, mais il y peut-être aussi On Kawara, qui est un japonais, que je connais très bien aussi.  Mais ce ne sont pas- Sur le plan théorique, ce n'est pas purement abstrait, on a quelques choses à voir ensemble, mais ils ne sont pas par exemple du tout intéressés par la science.

SEVIM FESCI: Qu'est-ce qui les intéresse surtout.

BERNAR VENET: Kosuth lui, c'est la définition, c'est au niveau, je ne sais pas expliquer sont travail, parce que quand il me l'explique, je ne comprends pas très bien ce qu'il me dit, c'est très, purement, purement abstrait.  Il faudrait poser les questions à lui, mais-C'est au-L'idée de, du tableau-objet apprécié pour des raisons plastiques ne l'intéresse pas.  L'idée de la vision de choses, c'est-à-dire, l'idée selon laquelle les artistes jusqu'à aujourd'hui, ce que je disais tout à l'heure, ont toujours été intéressés par les objets qui les entourent et qu'ils ne peignent que ça, il faut parler d'autres choses. Grâce à la science, bien oui, c'est la qu'il en parle [inaudible] de l'époque, on peut parler de nouveaux, de nouveaux, de nouveaux sujets, des planètes, des choses infiniment petites, des réactions des gazes [inaudible], des choses comme ça, ce sont des choses qui l'intéresse.

Mais ce qu'il fait est tout à fait différent.  Il parle de la définition du mot « abstrait », comme il donne la définition de « abstrait », par exemple, et la définition, c'est , c'est tout ce qui va sur un tableau.  L'objet ne l'intéresse pas du tout.

SEVIM FESCI: Sa définition abstrait, tu dis?

BERNAR VENET: Il prend le mot « abstrait », il voit la définition qu'il prend sur un dictionnaire.  Chaque fois un dictionnaire différent.  Il définit les choses comme ça.  Ou, l'eau, « water ». Il donne la définition, il donne la définition de couleur, la définition de blanc, la définition de- et des choses comme ça.

SEVIM FESCI: Et ce Kosuth ?

BERNAR VENET: On Kawara- non ça c'était Kosuth.

SEVIM FESCI: Ah, c'était Kosuth-

BERNAR VENET:  Alors, On Kawara lui. Ces tableaux représentent toujours la date du jour.  C'est tout.  Chaque jour il fait un tableau, qui est presque toujours de la même dimension, qui est assez petit, et, il écrit la date, il écrit 12 mai 1967, il écrit 22 mars 1968, aujourd'hui  il est après faire ce tableau-là, et, et le titre des tableaux, c'est toute l'histoire, tout ce qui se passe dans le monde ce jour-là.  C'est l'anniversaire d'un copain, ça peut être le début d'une guerre, ça peut être Johnson, ça peut être Martin King, ça peut être tout ça, oui, c'est le titre du tableau qui est beaucoup plus développé que le sujet du tableau lui-même.

SEVIM FESCI: Est-ce que tu discutes avec eux ?

BERNAR VENET: Oui, Kosuth beaucoup. On Kawara je l'ai moins vu. Mais il est venu chez moi l'année dernière on a parlé ensemble.  [30:00]  Mais enfin, on a des choses en commun, mais enfin au niveau très théorique, c'est tout, quoi.

SEVIM FESCI: Et quels sont les artistes actuels que tu apprécies?

BERNAR VENET: J'apprécie beaucoup d'artistes, j'essaie de, je- J'aime des gens comme Dan Flavin, par exemple, je ne sais pas.  C'est le type que j'aime le plus en ce moment. C'était vraiment pur, c'était vraiment, c'est simplement une lumière, c'est tout, ça suffit quoi.  Un néon, quand il commence à en mettre trois et en faire des compositions, j'étais pas d'accord, j'étais tellement contre ça, mais quand il met cette lumière sur le mur, ça m'intéresse, donc, eh...  J'aime aussi, j'aime, j'ai découvert que j'aime Sol Lewitt par exemple, parce que- oui c'est très classique, tout ça c'est tellement classique.  C'est vraiment de l'art, l'art d'hier, le monde d'hier, en faisant des choses pareilles.  N'importe quel artiste du [inaudible] aurait pu faire ça.  Simplement c'est une évolution très logique, très simple, très lente.  J'aime aussi, j'aime ce qui est simple, j'aime Whitman, qui a fait ce laser qui était projeté sur le mur, c'est très simple, il a mis un laser en projection, c'est tout, ça suffit.  J'aime les choses très très très très sobres, le moins artistique possible, le moins fouillé, le moins spectaculaire possible, dans ce qui j'aime, c'est tout.  Il n'y a pas beaucoup d'artistes que j'aime beaucoup beaucoup.  Je m'intéresse à des gens qui, j'aime Gilbert [phonétique] j'aime Andy Warhol, Andy Warhol beaucoup, j'aime Normand [phonétique], j'aime beaucoup d'artiste comme ça, Lichtenstein, oui.  Enfin c'est- simplement je les aime, c'est intéressant, c'est bien c'est tout.

SEVIM FESCI: Quels sont tes projets ? 

BERNAR VENET: projets ?

SEVIM FESCI: Tu m'as parlé d'un ballet-

BERNAR VENET: Le ballet c'est un projet qui date depuis 1966 au mois d'août.  C'est que le ballet, le ballet, je vous donnerai une reproduction photographique.  Le ballet c'est la création d'un graphique sur un plan vertical.  C'est simplement la création d'un de mes tableaux comme je le faisais un 1966, la création d'un graphique, à l'échelle, à une très grande échelle. Les danseurs n'ont pas de, n'ont aucune fonction que celle de créer le graphique avec la corde qui est dessus.  Et quand les danseurs sont sortis du graphique, et bien le tableau est présent et le ballet est terminé. C'est très simple, le moins artistique possible. Mais c'est toujours quand même très artistique en comparaison avec le « play » par exemple, que je voudrais faire, par exemple, au Judson Church, qui sera essentiellement trois scientistes qui parleront de, trois véritables scientistes, comme aux universités, qui parleront au tableau noir sur trois sujets différents, très compliqués, très importants. Ils ne feront que, ils donneront un cours comme dans n'importe quelle université, comme dans n'importe quel physique nucléaire ou science.  Il y a aura aussi des projections de « slides », par un scientiste qui développera un sujet, il y aura projection de « slides » sur la médecine, par Alfred Cogan [phonétique], sur les découvertes scientifiques en médecine, et voilà, et je, des lectures de textes, de mes textes avec vocabulaire scientifique.

SEVIM FESCI: Et tu m'avais aussi parlé de ces agrandissements de photos, que tu voulais réaliser : photos de la lune, du soleil.

BERNAR VENET: Ah oui ça c'est un projet, ça c'est un jeu, ça fait partie de mon domaine, comme ça.  J'aimerais bien faire des expositions des mes graphiques, sur toile, ensuite sur papier, ensuite [inaudible], enfin, tous ces projets-là.  Et puis un jour, pour surprendre un petit peu les gens, enfin ça fait partie de mon, de mes idées, de proposer une exposition sur, de faire des paysages, « new landscape ».  Et ce sont, ce sont de nouveaux paysages, en vérité ce sont des photos du soleil en éruption, qui est très calme, c'est tout.  Ce sont les paysages de demain, c'est tout, quoi.  Simplement, on en a pas encore parlé, c'est pas discuté.  J'ai le projet qui est tout prêt mais je n'ai pas d'exposition, catalysé définitivement.

SEVIM FESCI: Le 4 août, tu vas exposer à Rochester, je crois.

BERNAR VENET: Oui, cet exposition, oui oui, ça c'est, oui, bien sûr, je vais exposer avec des peintres américains, et je suis un peintre européen qui habite à New York, c'est bien oui, je suis content-

[34:28] [FIN DE L'ENRÉGISTREMENT]

[English translation]

Sevim Fesci [SF]: I would like to start this interview, Bernar, by asking you a general question.  What is Art, with a capital "A", for you?  It's definition, it's definition for you Bernar?

Bernard Venet [BV]: I have a very precise definition.  For me, Art is a way to widen human thought, and make it evolve.  That is all.  It's a- [inaudible].  It's very very wide, it's very very vast. 

SEVIM FESCI: So, before anything, it's intellectual for you.

BERNAR VENET: I would say that I don't know what I mean to say.  It's mostly, we have to, the Fine Arts system is finished.  This means, that we do not need to have plastic and esthetic qualities in order to create.  It is simply, yes, at the level of pure creation.

SEVIM FESCI: Yes.

BERNAR VENET: At the level of the idea.

SEVIM FESCI: So, at the level of the idea.

BERNAR VENET: At the level of the idea, where this takes shape.  Art is at the level of creation.

SEVIM FESCI: So, this means for you that the sensibility and the intuition of the artist should not play a role anymore in the process of creation.  We do not see anymore, the, the personality of the artist in the creation, in a work.

BERNAR VENET: Less and less at least, we, I think we paint less and less with emotions, but sensibility still exists in the measure that everyone has his own sensibility and that is what we can create with, maybe, but - . What should arise from all that comes from the emotions.  That is what should come out.

 

SEVIM FESCI: It's more conscious.

BERNAR VENET: Yes, I believe in the evolution of art starting from a logical system, from logical deductions, as scientists, for example, have pushed forward the evolution of the history of science, just through an almost mathematical system.  So I do not believe in the evolution of Art by intuition, for example.  Yes, these are structured things, but-

SEVIM FESCI: How did this idea come to you? How did it come?  What did you start with?

BERNAR VENET: My, my evolution in my new things?

SEVIM FESCI: Yes.  I mean, in your first works, do we already sense this idea?

BERNAR VENET: Well, listen-

SEVIM FESCI: Now, for example - you made at the beginning for example, monochrome.

BERNAR VENET: At that time, it was, well, at that time, listen, I don't know, it was at the time of the monochromes.  At the time of the monochromes it was not the problems of formal beauty that interested me.  The problems of formal beauty never interested me.

SEVIM FESCI: [inaudible]

BERNAR VENET: Never really.  I had a period which was a bit like that, where I was a bit lost, where I remember esthetics a bit, but it has no importance, we never spoke of it, that has been completely erased. 

But, no, things became very serious from the moment, well, with my last period.  My idea, simply, to start talking about something else.  Forget what had been there, and say simply, let's talk of something else.  I am speaking purely about mathematics, or purely about physics, but purely, purely, without any interpretations, without any conditions, with, with what had been there in the past.

SEVIM FESCI: And this I think you are attempting more and more, guarded by goals.  I see paintings; there is a certain research at the esthetic level. 

BERNAR VENET: There is one thing -

SEVIM FESCI: [inaudible] The paintings that you see -

BERNAR VENET: One thing that I must say.  The first painting, the first scientific paintings that I did, I need to recognize that I was influenced by the, the classic forms of each.  In the first ones, simply, I discovered the esthetics of the graph.

SEVIM FESCI: So, a kind of technique. 

BERNAR VENET: At the beginning, that was it.  After, after - well, at the beginning, I was interested by esthetics.  I would see shapes that interested me, I would see them on a painting, I would make them.  But after, I -

SEVIM FESCI: But for you – excuse me for interrupting you – but for you there is also this precision, where we run towards the meaning.

BERNAR VENET: Not important.  I don't have any, any - Me, I don't have a style.  I don't have a style.  I don't have -  The technique does not interest me.  The way I create my painting does not interest me.  The only thing that is important is the idea.  At the beginning, I was doing this on canvas.  I did it on carbon paper, I did it on graph paper, I proposed inserting slides, I can create plays, I can do it on -  Everything is, everything is possible.  I can enlarge [inaudible].  Since esthetics do not interest me, I don't care about the creation, I don't care at all.

SEVIM FESCI: Yes.  And do you think that you had to reject the past completely?  Well, all of the heritage of the past?  Plus, it can't influence anymore -

BERNAR VENET: But the past, the past has existed.  And if today I am making something it is because there was all of this past.  Otherwise, if I had been born 500 years earlier, I am sure I would not have done what I am doing now.  That is absolutely certain.  But me, what I want is, with everything I know from the past, I try to forget all of it and to create starting from new bases. [5:00 minutes]  I would like to completely change all of the criteria -

SEVIM FESCI: All the criteria that you use -

BERNAR VENET: I want to say things that I wrote a little while ago, in 67, May 2, 67.  What I wanted.  For example, I will start with -

SEVIM FESCI: Read it, read it - comma.

BERNAR VENET: I was saying: Esthetics does not interest me.  The covering of paintings with modern technical procedures or the use of new materials does not have any importance.

SEVIM FESCI: Yes, yes.

BERNAR VENET: Yes.  Whether I create my paintings on canvas, on paper, or if I use the projection of slides on the wall, it makes little difference.  I am completely in disagreement with artists who deal with subjects that have been exploited a thousand times, but with different materials.  There's often a discussion about the differences between the still-lives of Matisse and one by Wesselman.  The subject and the thematic have to change.

SEVIM FESCI: The?

BERNAR VENET: The thematic, the idea, and the subject.  So, since I am not interested by the esthetics of my works, consequently my evolution cannot be plastic.  It will be found maybe in the fact that a painting from 1970, will be more precise than a painting from 1967, dealing with the same subject, because discoveries will have added themselves to the 1967 data.

SEVIM FESCI: Oh, I see.

BERNAR VENET: The same applies to science.  The criteria that situated the evolution of artists, and that was based on the plastic transformation of the work, don't have anything in common anymore with what directs my evolution.

SEVIM FESCI: Yes.

BERNAR VENET: I would like to break completely with all established concepts: personality, the thin layer of varnish, with what has been, and what still isn't [phonetic].  I think that the discovery of abstract art by Kandinsky followed Maurice Denis' definition, according to which a painting, before being – I don't know the exact definition – It was; a painting, before being a landscape, a battle scene, a nude woman, is before everything a combination of tropes, assembled in a certain mode.  And even Kandinsky verified that definition.  So, one important thing, I've already said it, but I can repeat it.  I am willing to admit that when I chose to reproduce my first mathematical or scientific graphs, I let myself be influenced by the esthetics of each.

SEVIM FESCI: Yes.

BERNAR VENET: It's to avo-, it's to avoid that, that today, I chose a scientific topic before all, and my paintings just illustrate the transfer of this subject, recorded on magnetic tape, [inaudible] carousel [inaudible]. A collector will not be able to chose a painting anymore because it particularly pleases him, instead he will need to choose a subject that I will be dealing with, on the magnetic recording, and he will take with him the two, three or four paintings that illustrate this subject.

SEVIM FESCI: Therefore, the collector will essentially be choosing the text.

BERNAR VENET: The topic, that is to say, the importance of the topic.  Like, lately, I just did a study on the particles that go faster than the speed of light, and I consider that this painting is much more important even than the largest ones I have done, which are -

SEVIM FESCI: So the subject has a very high importance for you.

BERNAR VENET: The subject, the actual subject, yes, has a great deal of importance.  That is why I end up making paintings of scientific subjects, where these's nothing but a small drawing.

SEVIM FESCI: I just see a graph and, with the text.

BERNAR VENET: Yes, there is only a little graph and the text holds much greater importance.

SEVIM FESCI: Yes, oh, I see.

BERNAR VENET: So, the first thing, which actually, was very - Finally when a painting, when a collector, when someone saw a painting by me that I had made in 66-67, there was a [inaudible] of paintings, plastic forms, even if he did not understand, even, there were still some esthetic shapes, a plastic form, an interesting shape, but now there is almost only, there are only things.

SEVIM FESCI: There was a given shape, but now?

BERNAR VENET: And another important thing: each painting had, had a different esthetic, we could recognize that one had dots, another one had lines, and another one, another one had angles, with studies of mountains of numbers, another less, another more loaded, another less.  But now all the paintings are the same.  I write on this paper like this, I write a lot, I make -

SEVIM FESCI: But how can art survive then?

BERNAR VENET: The art of the subject, I was saying -

SEVIM FESCI: Ah, so you want them to read then -

BERNAR VENET: But I want them to read, well, I would like them to, you know - I was saying something a little while ago to Ivan Karp, I told him that, I would almost like, I would like that when a collector comes to a gallery to buy a painting, I would want him to come with a scientist, who would consult him, and who would say:  

SEVIM FESCI: Ah, I understand.

BERNAR VENET: "See, this painting is important for this and this reason, you should choose this one."

SEVIM FESCI: It is important in the history of science.

BERNAR VENET: Yes, in the evolution of science, yes, yes, that is absolutely it.  Other than: "Oh, this nice, I like this one, because it is graphic, there are three red pines there, it makes it pretty."  But that, that's not important at all.

SEVIM FESCI: So, the esthetic aspect, you've completely -

BERNAR VENET: I would like, I would like to refuse it.  Lately, my last paintings, if I arrive at some result, in any case - well my, my last paintings are almost all the same now, simply, there is a lot of writing, the trope holds almost no more importance.

SEVIM FESCI: No [inaudible]

BERNAR VENET: So, esthetically, they are all the same.  Simply, the subjects [10:00] are different.

SEVIM FESCI: Ah, yes, I understand.  So, what do you ask from the person who comes to you for the first time?

BERNAR VENET: What I ask from those who come to me for the first time, is to leave without laughing too much, because, it's hard the first time. [They laugh]

I've had reactions that were abso-, I've had many reactions, very different reactions like that, but it is hard for people who come to my studio for the first time to appreciate, to really like.  My first contacts, Ivan Karp for example, the first contact he had was purely plastic, he told me it was very [inaudible], a bit like that.  Now, people like -

SEVIM FESCI: Lucy Lippard also, I believe, no?

BERNAR VENET: Lucy Lippard? Yes, she's fine, generally, she's of those people who most understands NTQ [phonetic] research, the proof is that she has written "Dematerialization of Art", otherwise she wouldn't have evidence that she had done plastic research.  But there are people like Adolf Wiffel [phonetic] who are interested more in the intellectual research of the topic.

SEVIM FESCI: In intellectual research -

BERNAR VENET: In intellectual research.  In the fact that plastic art, the spirit of Fine Arts, is finished.  Science is gaining in importance and it is something to exploit. 

SEVIM FESCI: So for you, this is one way of making contact with your work. 

BERNAR VENET: Well, to make contact with my work, we see the painting, we don't really know what to make of it at the beginning, we get used to it, we look at it, we look at it some more, we see the master, we understand the research, we listen to him speak, we see what he has done before, and we start to appreciate too. 

SEVIM FESCI: Fine then.  And what in fact does it mean to you, or rather, does it join up with the Anti-Art touched upon by Duchamp?  Aren't you effectively going towards Anti-Art?

BERNAR VENET: To start with, Duchamp did not make Anti-Art.  He was making Art – Art, which means, something parallel to art.  And me, when I started making paintings in 1966, I received advice that was very very, it was natural amongst people at that time, who were telling me: "What you are doing is not - You are making graphs, mathematics, it's pure, and - But it is not art, and you should put in some colors, you should put in something, you should -"  I didn't want that.

SEVIM FESCI: Who told you that?

BERNAR VENET: People in Nice, who saw my paintings first, my paintings in Nice.  But me, I don't do that, I say, I think, I did not know if what I was doing was art, there was no reason.  It wasn't art at the beginning, it was mathematics quite simply.  Simply, it becomes art with time, that is all, but in the beginning, it is good to do things that are parallel to art, a different research, it's maybe something new.  But its shape is far from the theory of Marcel Duchamp, Art – Art, okay, parallel to Art, okay.

SEVIM FESCI: Parallel to art.

BERNAR VENET: Which become art afterwards, just like what Marcel Duchamp called Art, that's all.

SEVIM FESCI: Very well.  And how do you approach the creation of a new piece?

BERNAR VENET: Well, very simply, I go to two scientists.  Currently, I have Ullman from Columbia University, and Krieger.

SEVIM FESCI: And Krieger?

BERNAR VENET: A scientist from the University of Berkley [inaudible] Laboratory.  He is a young scientist, but him, he is very interesting too.  They tell me, in the subjects, in the following subjects, that is to say, space science, solar physics, nuclear physics and mathematics by computer, or meta-mathematics, they suggest the most important subjects.  And based on, on their advice, I create my pieces, but I create my paintings, I don't create my paintings because they please me esthetically, I create them for the importance of the subject, and since I am not capable of knowing the importance of the subject, I use scientists who can advise me.  They think for me at the beginning. 

SEVIM FESCI: So you don't do any works without the help of scientists?

BERNAR VENET: Without the help of scientists, I can't.  I run too much, magazine in hand, not able to create anything since I don't know which is the most important study on that subject.  And since I met Gerard Feinberg, the scholar who discovered the particles that go faster than light, I can now make some interesting studies.  I think I can do something with that.

SEVIM FESCI: And what do you think of their works? I mean, what do they think of your work?

BERNAR VENET: They are a little - They can't understand.  They are scientists and they are not - and what interests them in art is maybe Van Gogh or Picasso.  They are a bit advanced, but -

SEVIM FESCI: So for you essentially, it's not about the art.

BERNAR VENET: No no no no, I ask something from them, they are, they are like - they are consultants, that's all.  They don't even have to understand what I do, it's not very important.  Well, they understand, they don't understand, they ask themselves questions, the art challenges them, and all that, well -  Sometimes they are convinced that I am right, sometimes they are convinced that I am wrong.  But that is not important.  They don't have, they have no influence in the field of art.  I just ask them for advice.

SEVIM FESCI: How did you make contact with them?

BERNAR VENET: I met -

SEVIM FESCI: Through acquaintances, or did you go to Columbia University?

BERNAR VENET: No no, by coincidence I met Ullman at a diner in 67, January 67, when I arrived in New York.

SEVIM FESCI: At who's?

BERNAR VENET: At a friend's, a friend's, just a friend who had invited us to diner.  Anyway he was exactly what I needed, because he could [15:00] get me into Columbia University, make the library accessible to me, discuss new ideas with me, and give me advice.  And then Krieger, all that was after, I met all of these people afterwards at Columbia University.  And Gerard Feinberg is at Columbia University, yes, I met him, I heard about him by coincidence at a lunch with the scientists. 

SEVIM FESCI: So you go the Columbia University library, you take some books-

BERNAR VENET: Exact -

SEVIM FESCI: You come back here, and you-

BERNAR VENET: Exactly, exactly.

SEVIM FESCI: You choose graphs from the texts that interest you the most.

BERNAR VENET: No no no no - It's Krieger who told me: "Bernar, there is for example, Cantor, who is the greatest mathematician, or Brussel [phonetic], who has done precise studies on this and that subject.  And he tells me: "You should do this study".

SEVIM FESCI: I understand.

BERNAR VENET: I go to the university library, I take out important books, I copy the text and I create a new work.  And I do my study, yes.

SEVIM FESCI: So you don't have a precise idea before starting a new work.

BERNAR VENET: Of what it will be esthetically? But of course, plastically, it's not important.

SEVIM FESCI: No no, an idea for a piece.

BERNAR VENET: No, simply I know that I will be making an important study on a literary text dealing with mathematics, or on nuclear studies, well, that's it, that's all.  But for me, I don't create paintings for pleasure.  I am not one of those painters who spends hours analyzing a piece.  Simply, it's an important study, I do it, just like that.  It's a discipline, I work days and nights for my painting.  It's a big thing.  I work for 10-12 hours non-stop to write.  And that is all, there is no more pleasure.  Simply, I know that I am doing something important.

SEVIM FESCI: You like to do them, though.  

BERNAR VENET: I'm happy when I've finished a piece, I know I have something in front of me that interests me.  That is all.  But I do not enjoy creating it at all, I am sick, it hurts my eyes, gives me a headache. 

SEVIM FESCI: And if we go back to the start, can you tell me what were your diverse influences?  Other than the scientists, the scientists you just mentioned to me?

BERNAR VENET: To attack those things, the mathematical and scientific things that I do, I don't remember any influences, quite honestly.  Things came in - well, the plastic evolution came first, it was the plastic evolution.  I was interested by industrial painting while doing my works, they were modernist at first, I was making paintings, industrial paintings [inaudible], I was doing that with an armor and a mask.  I was doing my industrial painting like one paints a car, industrially.  From there, I went on after to an industrial project, which were unit tubes, which can be cut up [phonetic] in a factory.  And since I could not realize this project in France, I made industrial drawings of these tubes, just like real industrial drawings.  And by discovering the esthetics of the industrial drawing, I discovered the esthetics of graphs and mathematics, it was very very short, I simply, it was a rapid passage.  I discovered in my mathematical books new shapes, and right away I said to myself: "Yes, but science has to be explored", and I exploited science in that way.  The best proof that this was not a graphic problem, is that I created text with scientific vocabulary where there are no graphs, and they are as important as my paintings.

SEVIM FESCI: So, if we go back to the start.  In the begin-, at the start, you started by making some mono- how do you call it?    

BERNAR VENET: Yes, that was it, it was -

SEVIM FESCI: No but, just to understand a bit the evolution of your work.

BERNAR VENET: Yes, so exactly, the black monochromes.

SEVIM FESCI: No, just your evolution through various pieces that you have created, through various paintings that you created.  So, you started by making?

BERNAR VENET: Yes, fine, the black monochromes.

SEVIM FESCI: Just so we understand your work better.

BERNAR VENET: Yes, fine, the black monochromes, the black collages.  When I discovered Ad Reinhardt, black started to bore me.  I made red collages, or green, or yellow, which I would paint industrially.  I was painting with a paint gun.  I was painting relief, cardboard, always with a paint gun.  I went on to the tubes, the first industrials.  I did some industrial drawing, I did my first industrial drawings, the first mathematical drawings, the first scientific drawings, on canvas then on paper - So, it went like that.

SEVIM FESCI: What are your other projects, which you would like to undertake right now?  You talked about- from a scientific point of view, I mean.

BERNAR VENET: There is one important thing.  I have one important thing that I need to say, super important.  One important thing I need to say.  At any rate, I've arrived at a result.  First of all, I don't choose my subject, that's okay.

SEVIM FESCI: Fine.

BERNAR VENET: Such an important thing, I don't generally choose - When a painter, when an artist creates a painting, he chooses a subject, he chooses the dimensions of his painting, the composition, all this is a job.  And he chooses, he decides also to create a painting.  So, taking all of this in, here is where I am at.  I don't choose my painting, because it's the scientists who tell me: "This subject".  I do not choose the dimensions of the painting either, since I start writing my subject on a roll [20:00] of graph paper.  When I've reached it, I cut it.  So I don't choose the dimensions of my painting, okay.  I don't choose the composition of my painting, since I write, I start by writing the title, I indicate "study by", and I indicate the name of the art-, or the scholar who conducted the study, I start to write my study, I do the graph when the graph comes in the middle of the study, I continue, I indicate the references, I sign and I cut my roll.  So, no assertions.  But I always know of at least one result, the act of deciding that I want to create an art piece.  I always decide that I am going to make an art piece.

I already have the idea of doing the following thing.  I would like, I would like, to program a computer that would decide by itself the importance of subjects discovered every year in physics, in all the important sciences.  And this computer would also realize by itself the important topics, would create a study on paper about these topics.  So, I would make, the computer would make maybe only one study per year.  Would it make one every ten?  Would it make twenty in one month?  Simply based on the importance of topics discovered in the world.  So there, I would have then, I am already thinking of the solution to not creating, to not decide what art I am doing.  That is the solution, but I still don't have a computer that can do that, so, I am still making things.

SEVIM FESCI: But it is very liberating for you.

BERNAR VENET: I want to free myself completely, I could completely stop making paintings tomorrow, stop doing whatsoever and that, it makes me -  We take a computer that is programmed, that creates my works.  It might only make one in the following twenty years, I don't know, but it will simply be made by a computer.  And after my death, it will continue to create works for me, well, works that will derive from my ideas, simply, which will be made by a computer, if it is important, so I will still be able to create works.

SEVIM FESCI: Yes, I understand.

BERNAR VENET: [inaudible] So, I think I am arriving at the point of total liberation with that thing.

SEVIM FESCI: And what about the artist in all of this?

BERNAR VENET: Uh - the creation, I created the idea.

SEVIM FESCI: Which?

BERNAR VENET: I had the idea, I created the idea.  I count on that possibility.  Tomorrow many artists -

SEVIM FESCI: So it would be at the level of the idea -

BERNAR VENET: Well yes, of course.  But tomorrow, I don't know, I think that artists will make more concessions with art, and -

SEVIM FESCI: Concessions?

BERNAR VENET: Concessions, that is to say, I can imagine clearly a young artist of tomorrow, making a happening for example, with projections.  Imagine a rock like this, happening.  We project some, a photo of Einstein on the wall, at the same time, we make noise, we have recordings on tape of scientific vocabulary, like that, at the same time, we project slides on the other wall.  But all of this, it's pretty spectacular, so, there will be some concessions.

SEVIM FESCI: So, a scientific environment.

BERNAR VENET: Yes, a scientific environment, but all of this, I am convinced we will do it, it is something to do at least, but there will have to be more concession, it will be much more esthetic, much more artistic.  Because in all of this we will mix, we, the spectator will be lost, he will have to, he won't see all of this at the same time, this will shock him, it will make him, and, they are all study possibilities.

SEVIM FESCI: [inaudible]

BERNAR VENET: But no, I am not interested.

SEVIM FESCI: [inaudible] to create -

BERNAR VENET: No no no, I am not interested in that.

SEVIM FESCI: Just an idea -

BERNAR VENET: Just an idea, at the level of creation, I want, everything I do is purely theoretical, theoretical, theoretical, absolutely, I just want theoretical ideas.

SEVIM FESCI: Have you discussed this idea before, the one you just mentioned to me, for example, because -

BERNAR VENET: No, I've written it, I have already, that's all, stuff like that, but it's not, I have talked about it.

SEVIM FESCI: Very well then.

BERNAR VENET: But I think of other things, I think, my idea, it's because it's at the level of theory, I can liberate myself from science.  Why uniquely science, why uniquely nuclear science, why mathematics?  I am thinking already of working with medicine, for example.

SEVIM FESCI: Medecine.

BERNAR VENET: Or with military strategy.  Why not military strategy?  Why not talk about things, about things that [inaudible] military strategy, tomorrow, you know?  How to attack a city with all these, there are -

SEVIM FESCI: Oh it's really an unlimited field.

BERNAR VENET: Unlimited, absolutely unlimited.  Yes, the more I think about it, the more there are possibilities.  When I made my first mathematical essay people told me: "But what will you do after that?", but I will still be working on this for a few more years.  Even after my death.

SEVIM FESCI: [laugh]

BERNAR VENET: No, it's really another field, but I need to see purely at the theoretical level.  That is why I agree with science and technology ideas.  I agree with these things of the future, I believe in them absolutely, but it has nothing to do with my ideas, absolutely nothing.  Technology does not interest me.  Creating episodes of noise, sound and light and all that, does not interest me.  It doesn't interest me.  It's really, creating objects, creating art, it's making little things like that, it's cute, that are made to please, to have, to be spectacular still.  It doesn't interest me.  That is why now, even with mathematical topics, that is why at this moment, if it is mathematics that interest me the most, it is simply because mathematics are more theoretical.  When I do solar physics, I learn about the sun, what it, what it is, we have a bit of an idea, and in my opinion, it is less advanced than mathematics by computer, meta-mathematics.

SEVIM FESCI: So, what, what, how could you define the artist now?

BERNAR VENET: The artist, he has had, it is certain that -

SEVIM FESCI: But at your level, I am thinking about you.  Here I speak of you.

BERNAR VENET: [25:00] I don't know.         

SEVIM FESCI: Someone who provides ideas.

BERNAR VENET: Someone, yes, who opens, who opens, who provides, who opens -

SEVIM FESCI: Who opens new possibilities.

BERNAR VENET: There you go, and at any rate, someone who delimits art, who brings limits to art, like that, to the field of vision, to the intellectual field, anything.  It's not anymore, because, me, when I talk about art, I don't talk about painting, or sculpture, or cinema, or of all that, I am talking about, a vision, a general vision.  I believe for example in a later synthesis of all the sciences of art, which will be an evolutionist science.  Simply, we won't be painting anymore, or doing science or anything, just, we will make things evolve.  See, we will make things evolve, we will make everything evolve, and we will not go- Me, I don't know if I am more an artist than a scientist.  I am more of an artist at the moment, but I don't know how this will end.

SEVIM FESCI: You don't know where it's going to end.

BERNAR VENET: But simply, I am for evolutionism, so, that is certain, as a scholar, and as a scientist, and as an artist, and as all people who work in [inaudible] -

SEVIM FESCI: But are you interested in reading book, scientific books.

BERNAR VENET: No, I don't understand them.  Yes, I read a thing on nuclear physics, which interests me, but I don't care much.  It make me, no.  I prefer reading, I have a book on Einstein, on scholarly ideas.  That, that opens more possibilities, especially on the idea of, of theoretical reasoning for the purpose of evolution, some logical reasoning to make things evolve.  Which is what I exploit in art.

SEVIM FESCI: Yes, it's logic.

BERNAR VENET: Logic.

SEVIM FESCI: Absolutely, yes, yes, I understand, yes, it's-

[audio break]

SEVIM FESCI: So, who are the renowned artists with whom you think you are linked?  Any correspondence?  With whom you are in agreement at the level of -

BERNAR VENET: I am not in full agreement.  There are two artists here in New York with whom I have something to do.  But, you really have to search for them, you know, you really have to search for artists that have something to do with me.  When I am asked this, I say in fact, always Joseph Kosuth, but there is also maybe On Kawara, who is Japanese, who I know very well too.  But they are not- On the theoretical plane, we have something to do with each other, but they are not at all interested in science for example.

SEVIM FESCI: What are they interested in mostly?

BERNAR VENET: For Kosuth, it's the definition, it's a the level of, I don't know how to explain his work, because when he explains it to me, I don't understand very well what he tells me, it's very, purely abstract.  You should ask him these questions.  But, It's at, the idea of a painting-object appreciated for plastic reasons do not interest him.  The idea of the vision of things, that is to say, the idea that claims that artists until today, what I was saying earlier, have always been interested by the objects that surround them and who paint nothing but that, we need to talk about something else.  Thanks to science, yes, that is where he talks about [inaudible] of the era, we can talk about new, about new, about new subjects, of planets, of infinitely small things, of gas reactions [inaudible], things like that, these are things that interest him.

But what he does is completely abstract.  He talks about the definition of the word "abstract", like, he gives the definition of "abstract", for example, and the definition, it's, it's all that goes on the painting.  The object does not interest him at all.

SEVIM FESCI: His abstract definition, you say?

BERNAR VENET: He takes the word "abstract," he sees the definition that he takes from a dictionary.  Each time a different dictionary.  He defines things like that.  Or, water.  He gives the definition, he gives the definition of color, the definition of white, of - things like that.

SEVIM FESCI: And this Kosuth?

BERNAR VENET: On Kawara.  No, that was Kosuth.

SEVIM FESCI: Oh, that was Kosuth.

BERNAR VENET: So, On Kawara.  His paintings always represent the day's date, that's all.  Everyday he makes a painting, which is almost always of the same size, which is quite small, and, he writes the date, he writes May 12, 1967, he write March 22, 1968, today he is making that painting, and the title of the painting, it's all the history, all that is happening on that day.  It's a friend's birthday, it could be the start of a war, it could be Johnson, it could be Martin King, it can be all that, yes, the title of the painting is much more developed that the painting itself.

SEVIM FESCI: Do you discuss with them?

BERNAR VENET: Yes, Kosuth, a lot.  On Kawara, I've seen him less.  But he came to my place last year and we talked. [30:00]  But, well, we have things in common, but at a very theoretical level, that's all.

SEVIM FESCI: And which artists do you appreciate?

BERNAR VENET: I appreciate a lot of artists, I try to, I, I like people like Dan Flavin, for example, I don't know.  He's the guy I like the most at the moment.  It was very pure, it was very, it's simply a light, that's all, that's enough.  A neon, when he starts to put three together to make a composition, I was not in agreement, I was very much against it, but when he puts these lights on the wall, it interests me, so.  I like also, I like, I have discovered that I like Sol Lewitt for example, because, yes well it's very classical, all of this is so classical.  It really is art, yesterday's art, the world of yesterday, by making such things.  Any artist [inaudible] could have done that.  Simply, it's a very logical evolution, very simple, very slow.  I like also, I like what is simple, I like Whitman, who made this laser projected on the wall, it's very simple, he set a laser to project, that's all, that's enough.  I like things that are very very very retrained, the least artistic possible, the least researched, the least spectacular possible, in what I like, that's all.  There aren't many artists that I like a lot, a lot.  I am interested in people who, I like Gilbert [phonetic], I like Andy Warhol, Andy Warhol a lot, I like Normand [phonetic], I like many artists like that, Lichtenstein, yes.  Well it's, simply I like them, it's interesting, that's all.

SEVIM FESCI: What are your projects?

BERNAR VENET: Projects?

SEVIM FESCI: You talked to me about a ballet?

BERNAR VENET: The ballet is a project that dates from August 1966.  It's that the ballet, the ballet, I'll give you a photographic reproduction.  The ballet is the creation of a graph on the vertical level.  It's simply the creation of one of my paintings like I did them in 1966, the creation of a graph, at the scale, at a very large scale.  The dancers don't have, don't have any other function other than to create the graph with the string that is on top.  And when the dancers have left the graph, well the art piece is done and the ballet is over.  It's very simple, the least artistic possible. But it is always very artistic compared to the play, for example, that I would like to put together, for example, at Judson Church, which will essentially consist of three scientists who will speak of, three real scientists, like in university, who will speak by a black board about three different subjects, very complicated ones, very important ones.  They will only, they will give a class like in any university, like in any nuclear physics or science class.  There will also be projection of slides, by a scientist who will develop a subject, there will be projection of slides about medicine, by Alfred Cogan [phonetic], on scientific discoveries in medicine, and there you go, and I, lectures of texts, of my texts with scientific vocabulary.  

SEVIM FESCI: And you talked to me also of those photo enlargements, that you wanted to create: photos of the moon, of the sun.

BERNAR VENET: Well yes, that's a project, that's a game, that's part of my domain, like that.  I would very much like to exhibit my graphs, on canvas and then on paper, then [inaudible], well, all of these projects.  And then one day, to surprise people a bit, well, that's part of my, of my ideas, to propose an exhibit on, to make landscapes, new landscapes.  And they are, they are new landscapes, in truth they are photos of the sun erupting, which is very calm, that's all.  These are the landscapes of tomorrow, that's all.  Simply, we haven't talked about it yet.  I have the project all ready but I don't have an exhibit, definitely catalyzed.

SEVIM FESCI: On August 4th, you will exhibit in Rochester, I believe.

BERNAR VENET: Yes, this exhibit, yes yes, that's it, yes, sure, I'm going to exhibit with American painters, and I am a European painter living in New York, so it's good, yes, I'm glad-

[34:28] [END OF INTERVIEW.]

How to Use This Collection

Transcript available on the Archives of American Art website.

Quotes and excerpts must be cited as follows: Oral history interview with Bernar Venet, 1968 January 23. Archives of American Art, Smithsonian Institution.